Chez le glossopoète

Spikolsös Volapüko!
Quelques pages sur le volapük…

Volapük Vifik: Lärnod Telid
« C’est vraiment un cas ! »

Les cas

Si vous dites à vos amis que vous apprenez le volapük, il y a quelques chances pour qu’ils vous prennent pour un cas particulier ! Beaucoup de gens considèrent que le volapük est difficile à apprendre (pour ceux qui en connaissent seulement l’existence). Mais c’est faux, et cela malgré une particularité grammaticale qui fait défaut au français et qu’il va falloir donc assimiler de bout en bout si vous n’avez jamais appris le grec, le latin ou l’allemand : les cas, justement. Mais avant de juger, et de décréter que les gens ont raison, il faut goûter, et il faut donc regarder les cinq cas du volapük avant de se faire un avis. Voici un petit exemple :

Del binon jönik = Le jour est beau
Löfob deli jönik = J’aime un/le beau jour
Mem dela jönik = Le souvenir d’un/du beau jour
Sagob dele jönik: = Je dis à un/au beau jour :
o del jönik! = ô, beau jour !

Petit excursus : les articles

En volapük il n’y a pas de mot pour l’article indéfini, mais on peut s’en approcher en utilisant le mot « un » – del bal.

Il n’y a pas de mot non plus pour l’article défini normalement. Cependant, lorsque l’on utilise des mots dont il n’y a pas d’équivalent en volapük, comme par exemple le nom de gens ou d’endroits, alors on peut utiliser le mot el (de l’espagnol) comme article défini.

Les cas avec les noms

Regardons les cinq cas plus précisément maintenant :

Del est un nom, et il est à ce que l’on appelle le cas nominatif. C’est le cas de base, et en volapük il commence et se termine toujours par une consonne. Pourquoi alors, me demanderez-vous, est-ce que del est parfois suivi de -i, -a et -e ? Pour indiquer sa relation avec les autres mots de la phrase. Par exemple, le -i nous dit que le mot est l’objet d’une action décrite par le verbe. Regardez la deuxième ligne de la mini-saga du dessus, ou deli est l’objet d’aimer pendant que dans la première ligne del est très clairement le sujet (et est donc fort logiquement au nominatif). Un peu plus loin, sur la troisième ligne, on voit que dela signifie « d’un jour, du jour » (génitif) ; de la même façon, dele signifie « à un jour, au jour » (datif). Si nous mettons la lettre O toute seule suivie du nominatif, on ajoute un lustre lyrique, d’une certaine manière. Nous sommes entrés maintenant dans les ravissements de l’enchantement, pleins d’espoir, en murmurant « ô, beau jour ! » (ceci est appelé le vocatif en volapük, le cas que l’on utilise pour s’adresser directement à quelqu’un… ou quelque chose).

Pour résumer, voici un petit tableau :

NominatifCas du sujet, cas « de base »Aucune marque
VocatifCas de l’apostropheun « o » précède le mot
AccusatifCas de l’objet direct-i
GénitifCas du complément du nom (le x de y)-a
DatifCas du complément indirect (à, pour)-e

Ça peut paraître compliqué. Mais en fait, c’est très simple et vite assimilé, car il n’y a pas toutes les complications qui existent dans les langues à cas naturelles, du style « mais quel cas utiliser avec cette préposition ? ». Les cas servent à ce qui est écrit dans le tableau, et à rien d’autre.

Les autres types de mots de l’exemple

Le mot qui qualifie del est jönik. Ce genre de mots est appelé adjectif. Normalement ils viennent après le nom en volapük, contrairement au français où ils viennent avant.

Les mots restants sont appelés des verbes. Il sont ou des mots d’action (löfob, j’aime ; sagob, je dis) ou des verbes fondamentaux d’état (binon, il est). En volapük, tous les verbes suivent un schéma régulier, pas comme en français, où ils sont ballottés par des irrégularités diverses et variées !

Pratique

Que diriez-vous d’un peu de pratique maintenant ? En utilisant zif (une ville, la ville), pouvez-vous traduire la mini-saga suivante en français ?

MEM ZIFA JÖNIK
Zif binon jönik.
Löfob zifi jönik;
Sagob zife jönik:
O zif jönik!

Vocabulaire

Et voici maintenant quelques nouveaux mots pour vous entraîner à les prononcer à haute voix :

del ‘un jour’
dog ‘un chien’
fa ‘par’
fat ‘un père’
flen ‘un ami’
gok ‘un poulet’
i ‘aussi’
jevod ‘un cheval’
kapar ‘une chèvre’
kat ‘un chat’
kobo (ko) ‘ensemble (avec)’
kun ‘une vache’
labön ‘avoir’
läd ‘une dame’
löfön ‘aimer’
matemat ‘mathématiques’
mot ‘une mère’
mödik ‘beaucoup’
nilü ‘proche de’
patik ‘spécial’
pro ‘pour’
pük ‘une langue’
pükistudan ‘un étudiant en langue’
sagön ‘dire’
soarajul ‘une école du soir’
sör ‘une sœur’
suvo ‘souvent’
tor ‘un taureau’
vedön ‘devenir’
veütik ‘important’
visitön ‘visiter’
vom ‘une femme’

Notions supplémentaires et exercices

Nous savons déjà conjuguer les verbes au présent, c’est-à-dire ici et maintenant. Vous n’aurez aucune difficulté à dire j’aime, nous aimons, elle aime, etc. Quand nous voulons dire : je suis aimé, nous sommes aimés, elle est aimée (par quelqu’un d’autre), nous utilisons ce qui est appelé la voix passive par ce que l’aimant (l’actant) est devenu l’aimé (le destinataire de l’action).

Voici comment former la voix passive au présent ; il suffit d’ajouter le préfixe pa- au début du verbe comme suit :

PALÖFÖN ‘être aimé’
palöfob ‘je suis aimé’palöfobs ‘nous sommes aimés’
palöfol ‘tu es aimé’palöfols ‘vous êtes aimés’
palöfom ‘il est aimé’palöfoms ‘ils sont aimés’
palöfof ‘elle est aimée’palöfofs ‘elles sont aimées’
palöfon ‘c’est aimé’palöfons ‘ils sont aimés’ (neutre, mixés)

Supposons que vous vouliez dire : je suis aimé par ma mère. Le mot par est rendu en volapük par fa : Palöfob fa mot obik.

En volapük, le genre de la personne ou de la chose vivante souvent est assez clair dans le mot lui-même, par exemple man, un homme ; vom, une femme ; sör, une sœur. Cependant, ce n’est pas toujours le cas, et alors les mots anglais hi- (de l’anglais he) et ji- (she) sont préfixés au mot ambigu. Par exemple, gok, un poulet ; higok, un coq ; et jigok, une poule.

Même le genre de l’article défini peut être montré par ces préfixes, en disant hiel et jiel, mais nous en reparlerons plus tard !

1. Traduisez l’historiette suivante en français :

Hiel "Samül" lödom in dom gretik e nulädik in zifil jönik. Binom studan in niver. Fat omik binom "Robert" — binom büsidan e vobom in bür. Mot omik binof "Lisabet" — binof tidan e tidof in jul smalik. Sör omik binof "Janin". Vobof in zif gretik in bür, bi binof sekretan. ün timül at vakenof in Spanyän. Blod omik binom "Peter" binom vemo yunik.

1a. Pouvez-vous maintenant écrire la même histoire mais avec comme premier personnage « Lisabet » ou « Janin » ?

2. En français, on pourrait traduire le nom « Samül » par « Sam » (et non « Samuel »), parce qu’en ajoutant le suffixe -ül à un nom de personne, on montre son affection. Cependant, le vrai sens de ce suffixe est « le petit de », spécialement pour les animaux. Comment traduiriez-vous :

Et pour des humains :

Enfin, même des mots représentant des réalités inanimées peuvent recevoir ce suffixe. Il ne faut pas alors le confondre avec le suffixe -il : -il diminue simplement la grandeur de la racine (on peut toujours traduire par « un petit… »), quand -ül porte souvent l’idée d’une moins grande valeur. Par exemple, observez la différence entre flap, un coup, flapül, un battement (par exemple une mesure en musique) et flapil, une tapette (une petite tape).

3. Maintenant que vous êtes familier avec la voix passive, regardez cette phrase : Panemob "Samül" fa mat obik = Je suis appelé « Sam » par ma mère. Et traduisez : Je suis appelé « Pete » [de Peter] par mon père ; Je suis appelée « Lizzie » [Elizabeth] par ma mère.

4. Le mot el mentionné plus haut est utilisé avec des mots qui n’ont pas été assimilés en volapük. Ceci inclus les noms propres et les mots étrangers, qui apparaissent toujours au singulier. Tout pluriel doit donc être marqué directement sur el, par l’ajout d’un -s. Par exemple el "Sputnik" = « Spoutnik » ; els "Sputnik" = « des Spoutnik ». En parlant de Spoutnik, jetons un nouveau coup d’œil à une mini-saga et traduisons : Le Sputnik, j’aime le Spoutnik ; le souvenir du Spoutnik ; je dis au Spoutnik : ô, beau Spoutnik !.

Vous devez penser que c’est un peu fou ! Le but est de supprimer l’ambiguïté. En en venant à un niveau plus personnel, traduisez : j’aime Robert ; le souvenir d’Élisabeth, je dis à Rachel : ô belle Rachel !

5. Pour terminer cette leçon, regardons (et traduisons) ce que quelques amis de la famille ont à dire :

El "Samül" labom hiflenis tel. Panemoms "Steven" e "David" e lödoms nilo. I labom jifleni in niver. Panemof "Rajel" e binof jönik. Sör omik, "Janin", labof jiflenis tel, "Katlin" e "Rosan", e hifleni patik, "Paul".

Steven: Glidis! Binob flen ela Samül. Nem obik binon Steven e lödob nilü dom omik. Ün timül at, studob matemati in niver, bi vilob vedön büsidan veütik.

David: Glidis! Binob i flen ela Samül e lödob nilü zif. Nem obik binon David. Ün timül at, binob pükistudan in niver. Reidob vemo bi vilob lärnön pükis mödik.

Katlin: Glidis! Binob flen ela Janin. Nem obik binon Katlin e vobob ko of in bür. Binobs flens gudik, e visitobs domi ofik suvo.

Rosan: Glidis! Binob i flen ela Janin e vobob kobo ko of ed el Katlin in bür. Nem obik binon Rosan. Lärnob Spanyänapüki in soarajul, bi vilob vakenön in Spanyän.

Paul: Glidis! Binob i flen patik ela Janin. Nem obik binon Paul e pro of binob flen vemo veütik! Id el Samül labom jifleni patik: nem ofik binon Rajel.


Vous pouvez maintenant au choix, soit vous rendre à la leçon 3, soit réviser la première !