Chez le glossopoète

Sheloma shete, valare valâre kanase gelote
Quelques pages sur le gelota, ma persolangue

Grammaire du gelota

Je veux regrouper sur une seule et même page toutes les infos grammaticales sur le gelota. Le but :

À terme, je vais supprimer beaucoup de choses d’Idéopédia, libérant ainsi de la place que j’occupe indûment pour l’instant, en ne laissant que l’essentiel. À plus long terme encore, je compte bien traduire cette page (en anglais, en espéranto… et en gelota).

Une fois cette version bêta test atteinte, j’entrerai dans un gros travail de traduction afin de vérifier que tout marche et développer le vocabulaire, avant finalement donc d’atteindre une version 1.0. C’est à ce moment-là que j’estimerai la langue suffisamment mature pour m’attaquer à ses deux sources fictives, deux langues naturalisantes, l’une d’inspiration sémitique et l’autre d’inspiration indo-européenne.

Sommaire

  Introduction : contexte diégétique

Le gelota est né d’une idée, eue en 2013, de reprendre un projet de langue qui avait duré une après-midi (en 2008) et d’en faire une langue suffisamment vague pour qu’un texte sacré écrit dans cet idiome soit interprétable de plusieurs manières différentes, offrant à son exégète une grande liberté.

Sans qu'il soit prévu initialement de faire entrer le gelota dans un environnement fictif, celui-ci s'est petit à petit imposé à moi. J'en ai présenté les rudiments sur L'Atelier, et sur quelques pages d'Idéopédia (voir principalement cet article sur le Tahélitchisme).

Carte en couleur représentant deux fleuves se rejoignant et se jetant dans la mer.
Carte des deux royaumes où est parlé le gelota (cliquez pour voir en grand).

  Alphabet et phonologie

Alphabet

L’alphabet original du gelota est en fait un abjad (système où seules les consonnes sont représentées en grand, les voyelles, le plus souvent facultatives, étant marquées par des diacritiques) dont les voyelles sont obligatoires.

Cet alphabet, malheureusement, n’a pas encore été créé ; la première colonne des tableaux suivants sera donc vide.

Consonnes1

Lettre Transcription Prononciation API Équivalent français Exemple (en français) Valeur numérique
(en base 7)
V /v/ v ville 0
B /b/ b bouteille 1
G /ɡ/ g gare 2
Ð /ð/ inexistant the (anglais) 3
D /d/ d dire 4
Ĝ /d͡ʒ/ dj Djibouti 5
J /ʒ/ j jeudi 6
H /h/ en début de mot ;
/ʔ/ ailleurs
h home (anglais) ;
hache
10
/d͡z/ dz pizza (prononciation française) 20
Z /z/ z zone 30
Ĥ /x/ inexistant خالد (âlid, arabe), jota (espagnol) ou ach (allemand) 40
R /r/ r roulé rouge (roulé) 50
T /t/ t tête 60
K /k/ k koala 100
L /l/ l lion 200
M /m/ m merci 300
N /n/ n nana 400
S /s/ s singe 500
/ʁ/ r rouge (« parisien ») 600
F /f/ f famille 1000
/p͡f/ pf Apfel (allemand) 2000
P /p/ p papa 3000
C /t͡s/ ts tsunami 4000
Ŝ /ʃ/ ch chanter 5000
Ĉ /t͡ʃ/ tch tchèque 6000

Voyelles

Diacritique Transcription Prononciation API Équivalent français Exemple (en français)
a /a/ aarbre
e /ɛ/ è chèvre
i /i/ i idée
o /o/ o oser
u /u/ ou oubli
ō /ɔ̃/ on onde
ā /ɛ̃/ un malin
ē /ø/ eu pneu

Notes

À certains moments, la transcription est compliquée par le fait que des signes diacritiques (et la lettre rare eth, Ð/ð) sont utilisés. Si celles-ci ne sont pas disponibles, notamment en informatique2, des biais sont disponibles :

Un exemple de petit texte utilisant ce système est visible dans l’en-tête de cette page, la police que j’utilise (Eagle lake) pour lui et les titres de premier et second niveaux n’affichant que très mal les diacritiques (voyez par exemple mānaĝa où seuls m, n et a s’affichent correctement). Donc, à la place de « ŝeloma ŝete, valare valāre kanase gelote », vous pouvez y lire « sheloma shete, valare valâre kanase gelote » (bienvenue à toi, qui veut connaître le gelota).

Phonologie

Consonnes

Voici un tableau résumant les sons consonantiques du gelota :

Modes d’articulation Points d’articulation
Labial Coronal Dorsal Glottal
Bilabial Lab.-dent. Dental Alvéol. Post-alv. Vélaire Uvulaire
Nasales m n
Occlusives p b t d k ɡ ʔ
Affriquées p͡f t͡s d͡z t͡ʃ d͡ʒ
Fricatives f v ð s z ʃ ʒ x ʁ h
Roulées r
Spirantes latér. l

On remarque que dix sons sur vingt-six sont des fricatives. Chaque son correspond à une seule lettre et chaque lettre à un seul son, sauf le « H » qui est rendu par /h/ en début de mot et /ʔ/ en milieu de mot, c’est-à-dire à nécessairement par une glottale.

Voyelles

Voici un tableau résumant les sons vocaliques du gelota :

Degré d’ouverture Antérieures Postérieures
Fermées i u
Mi-fermées ø o
Mi-ouvertes ɛ ɛ̃ ɔ̃
Ouvertes a

La phonologie des voyelles du gelota est assez exceptionnelle. Parmi les langues naturelles, il est rare de trouver le son /ø/ sans trouver le /y/ ou /e/ (même si en gelota, il est possible de rendre le son /ɛ/ par le /e/, ce n’est pas la phonologie « traditionnelle ».). D’une manière plus générale, il est plutôt rare de trouver des voyelles nasalisées (en gelota /ɔ̃/ et /ɛ̃/) dans une langue, et d’y voir en même temps une ou des voyelle(s) antérieure(s) arrondie(s), ici /ø/3.

  Morphologie

Catégories grammaticales

La première voyelle de la racine en gelota marque la catégorie grammaticale. Voici un tableau résumant les possibilités :

Catégorie Lettre utilisée
Verbe a
Nom e
Adjectif i
Adverbe o

Le verbe

Le verbe est noté par la voyelle « a ». Ainsi « parler » se dira « galōta ».

En gelota comme dans beaucoup de langues, le verbe est le noyau de la phrase. Comme souvent encore, le verbe gelota peut se définir comme un « [m]ot exprimant un procès, un état ou un devenir, variant […] en nombre, en personne et en temps et ayant pour fonction syntaxique de structurer les termes constitutifs de l’énoncé4. ». Au niveau syntaxique, dans une phrase normale, le verbe est à la première place.

La conjugaison se fait avec les deuxième et troisième voyelles, dont le système est différent de celui des 3 autres classes grammaticales, pour lesquelles les deuxième et troisième voyelles ont la même fonction.

La première voyelle sert aussi à noter le(s) mot(s) mineur(s) dans les mots construits, mais il ne s’agit pas à proprement parler d’une classe grammaticale. Dans ce cas, la classe grammaticale de ce mot est celui du mot majeur, nécessairement noté lui par l’une des quatre voyelles. C’est la voyelle « ā » qui sert dans ce cas-là.

Le nom commun

Les noms sont notés par la première voyelle « e ». Ainsi, « langue » se dira « gelota ».

Un nom est un « [m]ot […] qui désigne un être, une chose unique, ou des êtres, des choses appartenant à la même espèce5 ».

Le nom propre

Il n’y a en principe, en gelota, aucune marque particulière du nom propre. L’écriture est monocamérale, il n’y a donc pas de majuscule (la transcription, dans le cas des noms propres non-marqués, n’utilise pas non plus de majuscule le plus souvent, même si certains auteurs font le choix inverse). L’exemple donné pour les noms communs vaut pour les noms propres, « gelota » étant aussi le nom propre de la langue. « Je parle gelota » se transcrit donc « Galata gelote » ou parfois « Galata Gelote ». Comme le nom commun, le nom propre se décline en genre, il peut aussi, à l’occasion se décliner en nombre (comme en français on dirait « des Amphitryon », mais dans ce cas, il n’y a pas de -s en français, alors que le pluriel serait marqué en gelota).

Cependant, le plus souvent, les noms propres sont importés de langues étrangères. Dans ce cas, ils sont marqués par le préfixe « Ta- ». Ils sont donc aisément reconnaissables, et dans ce cas, il n’y a pas d’accord en genre et en nombre. Ainsi, « Emanuelo » se dit en gelota « Tamanulo » (eMaNueLo > MaNuLo > TaMaNuLo). Il faut se débrouiller dans ce cas pour les utiliser les cas. Une technique essayée en ce moment consiste à coller après le nom propre déclinée la lettre « H » plus la déclinaison. Ainsi, pour mettre Tamanulo à l’accusatif, il faudra dire « Tamanulo-he ».

Vous l’aurez peut-être remarqué, contrairement au noms propres non-marqués, l’usage veut que le préfixe « Ta- » ait, en transcription, une majuscule ; encore une fois certains auteurs font le choix inverse.

L’adjectif

Les adjectifs sont notés par une première voyelle « i ». Ainsi, « langagier » se dira « gilota ».

Un adjectif est un « [m]ot dont la fonction essentielle est de s’ajouter aux noms ou aux pronoms pour les qualifier ou les déterminer6 ». Au niveau syntaxique, il se place avant le nom qu’il qualifie, dans un ordre précis : opinion, âge, forme, couleur, origine, matière, but. Bien entendu, il est excessivement rare qu’un même nom ait 7 adjectifs pour le qualifier, mais s’il y a plus d’un adjectif, leur ordre sera déterminé ainsi. Un adjectif, et un seul, peut être placé après le nom qu’il qualifie ; il est alors mis en exergue.

Ĝikalevi gidola ĉivona ḟēĉārona-tiroga hajocesoba.Est-cassé grand rouge en-argent le-couteau.Le grand couteau rouge en argent est cassé !
Neĝikalevi, fagadi ðo.Pas-il-est-cassé, il-est là.Il n’est pas cassé, il est là.
Fagadi ko gidola ĉivona hajocesoba nekālova-tirosa.Est ça grand rouge le-couteau en fer.Non, ça c’est le grand couteau rouge en-fer !

Il s’accorde en nombre, en genre et en cas avec le nom qu’il qualifie.

Une tournure adjectivale française courante utilisera une tournure verbale en gelota. Lorsqu’une phrase ou un morceau de phrase se limite à décrire quelque chose ou quelqu’un en utilisant le verbe être et un adjectif (« il est grand »), le gelota ne dira pas fagadi gidala mais gadali, utilisant la forme verbale de l’adjectif.

Comparatif et superlatif

Pour former le comparatif ou le superlatif en gelota, il faut utiliser un préfixe (+ acc) sur le mineur pour le comparatif, et sur l’adjectif pour le superlatif :

Il est plus grand que moi : Gadali pube.
Il est aussi grand que moi : Gadali mabe.
Il est moins grand que moi : Gadali kobe.
Il est le plus grand : Fagadi vugidole.
Il est le moins grand : Fagadi vogidole.

Les verbes d’état sont beaucoup plus utilisés en gelota qu’en français, comme nous l’avons vu supra. Ils ne sont par contre jamais utilisés avec le superlatif, puisque c’est sur l’adjectif qu’est placé le préfixe.

Ces préfixes sont considérés comme adpositionnels, mais ils peuvent être sémantisés (depola, le diplôme, le certificat ; vudepola, le doctorat). Ces derniers peuvent être facilement reconnus s’ils sont à un autre cas que l’accusatif ; si c’est le cas, il faut le connaître au préalable pour le bien traduire.

L’adverbe

Les adverbes sont notés par une première voyelle « o ». Ainsi, « langagièrement » se dira « golota ».

Un adverbe est un « mot […] qui détermine ou modifie le sens d’un verbe, d’un adjectif, d’un autre adverbe, d’une préposition7 ». Il se place normalement avant le mot qu’il qualifie ; contrairement à ce qui se passe dans la plupart des langues, il s’accorde en genre et en nombre avec le mot qu’il qualifie si c’est un adjectif, une préposition ou un autre adverbe lui-même lié à un adjectif ou une préposition. S’il est lié à un verbe ou à un adverbe lié à un verbe, il est au nominatif s’il n’a pas d’idée de mouvement et à l’accusatif s’il y a une idée de mouvement :

Ṙagala kolore
Je vais à la maison

Ṙagala kolora
Je marche dans la maison

Parmi les adverbes, on peut citer une classe particulière : les corrélatifs. Ceux-ci sont invariables.

Déclinaison

Genre

Le genre est marqué, pour les noms, adjectifs et adverbes, par la deuxième voyelle, selon ce tableau :

Nom du genre Lettre utilisée Usage
Masculin a Le masculin s’utilise avec tout ce qui est clairement sexué comme « mâle ».
Féminin e Le féminin s’utilise avec tout ce qui est clairement sexué comme « femelle ».
Neutre i Le neutre est utilisé lorsque le mot renvoie à une réalité plurisexuée (pluriel avec masculin et féminin, ou avec animaux et objets, mot au singulier représentant un groupe, …).
Indéterminé o L’indéterminé s’utilise dans deux cas : soit quand le sexe n’est pas connu (d’où son nom), soit lorsqu’il n’en a pas (objet, concept, …).

Le neutre et l’indéterminé sont des cas très proches, mais néanmoins dissemblables.

Le neutre s’utilise nécessairement lorsque la réalité décrite est sexuée mais n’est ni purement mâle, ni purement femelle. L’usage le plus immédiatement compréhensible est au pluriel, lorsque le groupe dont on parle contient aussi bien des mâles que des femelles. Mais il s’utilise aussi au singulier, soit lorsque l’on conceptualise une réalité sexuée (par exemple, lorsqu’un animal est un symbole, comme lorsque le serpent est le symbole du diable), soit lorsque l’on utilise un nom de groupe qui contient les deux sexes (l’Homme, meniŝa, face à l’homme, menaŝa). Il s’utilise enfin pour certains animaux asexués (comme les fourmis, les termites ou les abeilles, qui le sont toutes à l’exception du couple royal), mais cet usage ne se trouve qu’en gelota moderne.

L’indéterminé, par contre s’utilise surtout lorsque la réalité dont on parle n’est pas sexuée. Le ciel, un château ou une armoire sont genrés en français mais n’ont pas de sexe à proprement parler. D’où l’utilisation de l’indéterminé. Il s’utilise aussi lorsque l’énoncé parle d’une réalité sexuée, mais dont le sexe est inconnu.

Quelques exemples :

Jākasa-sehara : chat (masculin)
Jākesa-sehera : chatte
Jākisa-sehira : chat (un chat quelconque, quel que soit son sexe)
Jākosa-sehora : chat (dont on ne sait pas le sexe)

Cas

Il existe une déclinaison en gelota, qui comporte quatre cas, chacun existant au singulier et au pluriel. Dans les noms (communs, c’est-à-dire marqués par une première voyelle en « -e- », ou assez rarement propres, ceux qui ne sont pas marqués par le préfixe « Ta- »), les adjectifs (première voyelle en « -i- »), les adverbes (première voyelle en « -o- »), les participes (première voyelle « -a- » et deuxième « -ā- ») et les mots composés avec l’un d’eux (première voyelle en « -ā- ») c’est la troisième voyelle qui la marque. Le gelota est une langue accusative (et non ergative), les cas sont donc nominatif, accusatif, génitif, et datif, selon ce tableau :

Nom du cas Lettre utilisée Usage principal
Singulier Pluriel
Nominatif a u Sujet
Accusatif e ō Complément d’objet direct
Génitif i ā Complément du nom
Datif o ē Complément d’objet indirect

Nominatif. Le nominatif est le cas du sujet (actant dans les phrases actives, ou patient dans les phrases passives) et de l’attribut du sujet.

Il est aussi le « lemme », c’est-à-dire la forme que l’on trouvera dans le dictionnaire, le plus souvent au singulier (sauf pour les mots qui n’existent qu’au pluriel).

Accusatif. L’accusatif est le cas du complément d’objet direct.

Certains verbes ont un double accusatif. Il s’agit alors nécessairement d’un nom de personne ou d’animal et d’un nom d’objet. Très peu de verbes cependant utilisent une telle tournure, le gelota préférant l’utilisation de préfixes adpositionnels (qui eux-mêmes sont gouvernés par l’accusatif ou le datif), cependant, utiliser un tel préfixe avec un verbe utilisant le double accusatif est une faute, courante à l’oral (où son utilisation peut être considérée comme pédante) mais pas à l’écrit. Vous trouverez ici la liste des verbes utilisant le double accusatif.

Dakara gelote jākise-sehire bi.
J’enseigne le gelota à mon chat.

Certains préfixes adpositionnels (les autres n’étant pas gouvernés par un cas en particulier) sont gouvernés par l’accusatif. Ils ont alors en règle générale un sens de mouvement (e.g. ni- signifie « dans », et s’il gouverne l’accusatif, il précise que l’objet entre dans quelque chose).

L’accusatif est aussi utilisé pour marquer le complément d’agent au simili-passif (la souris est mangée par le chat, Ĝimaneĝi negādila-sehira jākise-sehire).

Génitif. Le génitif est, à la base, le cas du complément du nom : kelora bi, « la maison de moi » (= « ma maison »). Il a aussi un sens partitif (je mange du gâteau, je ne roule plus de nuit).

Le génitif absolu est un des deux cas principaux d’utilisation en gelota du participe. Observez cet exemple :

Bi ṙagāli kolore, najeda jākise-sehire.
Comme j’allais à la maison, je vis un chat.

La proposition bi ṙagāli est au génitif, sans que ce génitif soit lié à un nom en particulier qu’il compléterait.

En fait, pour qu’il y ait génitif absolu, il faut :

  1. un nom ou groupe nominal au génitif ;
  2. un participe au génitif ;
  3. que ce groupe au génitif soit détaché du reste de la phrase (absolutus signifie « détaché » en latin).

Le nom a rôle de sujet dans ce génitif absolu, et le participe un rôle de verbe.

Ce génitif absolu a valeur d’un complément circonstanciel, dont le contexte donnera le sens (cause, temps comme dans notre exemple, lieu, manière, …). Si donc le génitif absolu est facilement reconnaissable (le participe au génitif n’est peu ou prou utilisé que dans les génitifs absolus), il peut être difficilement traduisible : ainsi notre exemple pourrait être traduit par « parce que je rentrais à la maison… ».

Datif. Le datif est le cas du complément d’attribution. Il a aussi un sens locatif (je suis à la maison, fagada keloro), et servira donc aussi à marquer la date.

Certains préfixes adpositionnels (les autres n’étant pas gouvernés par un cas en particulier) sont gouvernées par le datif. Ils ont alors en règle générale un sens statique (e.g. ni- signifie « dans », et s’il gouverne le datif, il précise que l’objet est statique dans quelque chose).

Vocatif. Il n’y a pas à proprement parler de vocatif (cas de l’apostrophe) en gelota. Une habitude, considérée comme fautive à l’écrit, consiste à ne pas prononcer la dernière voyelle et joue le rôle de vocatif. C’est le seul cas où l’architecture CVCVCV n’est pas respectée.

Si on souhaite malgré tout utiliser le vocatif à l’écrit (par exemple dans un dialogue), on n’écrira pas la dernière voyelle en betsotcha, mais on mettra une apostrophe (qui porte donc bien son nom) en romanisation.

Conjugaison

Temps

Temps Voyelle utilisée Usage principal
Présent a Action se déroulant au moment de l’énonciation.
Aoriste e Action terminée au moment de l’énonciation.
Parfait i Action non-terminée ou ayant des effets au moment de l’énonciation.
Futur o Action débutant après le moment de l’énonciation.
Amplifiant u Dans une proposition subordonnée, décrit une action antérieure au verbe principal s’il est au passé, et postérieure s’il est au futur.
Infinitif ō Lemme. Forme non-conjuguée.
Participes ā Génitif absolu. Forme déclinée.
Subjonctif ē Description de faits et d’actions fictifs ou espérés.

Présent. Le présent est le temps que l’on utilise lorsque l’on veut exprimer :

Par contre, contrairement au français, le présent en gelota ne s’utilise pas pour exprimer :

Aoriste. L’aoriste décrit une action passée totalement terminée au moment où se déroule l’énonciation, et sans que l’énonçant ne souhaite mettre en avant une quelconque conséquence sur le présent.

Parfait. Le parfait a deux usages :

Futur. Le futur décrit une action qui n’a pas débuté au moment de l’énonciation, mais qui débutera de façon certaine selon l’énonçant.

Amplifiant. Observez ces deux phrases françaises :

Le chat était monté sur le toit et narguait le chien.

Tu mangeras à 18H et après tu te coucheras.

Les deux formes verbales mises en gras seraient en amplifiant en gelota. Le verbe principal (en italique) marque soit un passé (« narguait » serait à l’aoriste en gelota), soit un futur (« mangeras », au futur aussi en gelota). Pour marquer l’antériorité au passé (ce qui se fait souvent en français par le plus-que-parfait), ou la postériorité au futur, le gelota utilise l’amplifiant. Il ne peut donc s’utiliser que dans les propositions subordonnées.

Le futur antérieur français n’est jamais traduit par l’amplifiant. En fonction de son sens, il faudra utiliser soit le futur, soit un parfait (voire parfois un aoriste), soit le subjonctif.

Infinitif. Le rôle principal de l’infinitif est d’être le lemme du verbe. La proposition infinitive française n’est pas traduite par un infinitif, mais par une subordonnée participiale (cf. la partie de cette grammaire sur les propositions subordonnées).

Participes. Les participes sont principalement utilisés soit pour marquer une proposition subordonnée, en répétant le verbe principal, soit en étant lui-même le verbe d’un génitif absolu.

Subjonctif. Le subjonctif est utilisé pour des actions et états irréels, imaginaires ou fantastiques. Le subjonctif ne marque pas la temporalité.

Le subjonctif est souvent utilisé avec la conjonction conditionnelle (le « si » français), aussi bien avec le verbe principal qu’avec le verbe subordonné.

Personnes

Personne Voyelle utilisée Notes
Singulier Pluriel
Première personne a o
Deuxième personne e u
Troisième personne i ō La troisième personne, précédée du pronom ŝa au singulier et ŝu au pluriel, est aussi la personne de politesse.
Volitif ā ē Équivalent de l’impératif français, il s’utilise avec tous les temps ; cf. ci-dessous.
Les participes et les infinitifs, formes non-conjuguées, ne sont pas soumis à ce tableau.

Personne de politesse. Contrairement au français où la personne de politesse est la deuxième personne du pluriel, en gelota, la personne de politesse est la troisième (comme en italien, par exemple). Mais contrairement à beaucoup de langues européennes, le gelota marque si la personne de politesse est au singulier ou au pluriel.

Pour différencier une troisième personne « normale » d’une personne de politesse, il faut nécessairement ajouter le pronom personnel ŝa. Observez :

Gadate ta : Tu es belle
Gadati ŝa : Vous êtes belle
Gadatu tu : Vous êtes belles (plusieurs personnes tutoyées)
Gadatō ŝu : Vous êtes belles (plusieurs personnes vouvoyées)

Volitif. Le volitif en gelota n’est pas un aspect ou un mode, comme dans beaucoup de langues, mais une personne. En fonction du contexte, il peut représenter chacune des six autres personnes ; en cas de doute, l’auteur peut utiliser un pronom personnel pour préciser, s’il ne trahit pas la loi d’économie.

Le volitif marque la volonté du sujet. Il peut se traduire le plus souvent par l’impératif français. Mais le temps marque des nuances que l’on peut tenter de rendre en français par l’usage de périphrases et d’autres temps que l’impératif. Ainsi, manaĝā se traduit sans problème par « mange ! ». Mais comment traduire alors la nuance avec maneĝā ? C’est un aoriste (-e-), donc l’action est bel et bien terminée, l’objet n’a pas mangé. On peut alors utiliser la périphrase « j’aurais voulu que tu manges » (si on considère que nous sommes à la deuxième personne) ? Et au futur, manoĝā se traduira soit par un futur simple « tu mangeras ! » soit par une périphrase au futur « j’espère que tu mangeras ».

Pour bien traduire, on peut s’aider d’une périphrase intermédiaire, parfois grammaticalement fausse, mais dont le sens doit être respecté : « je veux que + verbe au temps prescrit ». Le volitif présent se traduira par « je veux que tu manges », donc pas de souci, on peut traduire par « mange ! ». Le volitif aoriste par « je veux que tu as mangé » et le volitif futur par « je veux que tu mangeras », ce qui est grammaticalement faux, mais qui correspond au niveau du sens aux traduction proposées plus tôt.

Si le volitif est utilisé par le verbe principal, cela signifie que c’est au moment de l’énonciation que la volition se montre. Traduire « je voulais que tu manges » se fera à l’aide d’une périphrase aussi en gelota, dont le premier verbe, le verbe principal, sera à l’aoriste, pendant que le second sera au volitif. Le temps utilisé par ce verbe au volitif dépendra de sa relation au verbe principal : l’amplifiant si le verbe principal est au passé ou au futur, le présent en cas de simultanéité, …

Troisième voyelle avec les temps non-conjugués. Les formes non-conjuguées (infinitif et participes) ont un usage différent de la troisième voyelle.

L’infinitif, en prose, prend toujours la voyelle -a. Mais il peut arriver, en poésie notamment, qu’une autre voyelle soit utilisée ; cela ne modifie le sens en rien, on parle alors d’infinitif euphonique.

Les participes sont des adjectifs verbaux ; leur troisième voyelle suit donc la déclinaison des adjectifs, même si dans les faits les participes sont plus ou moins abandonnés, et ne survivent plus qu’au génitif dans les génitifs absolus.

Les pronoms

Il existe 4 pronoms en gelota :

Aucun de ces pronoms n’est genré : la peut aussi bien se traduire par « il », « elle » ou « ça ». Ils forment leur pluriel et se déclinent comme n’importe quel substantif (si bien que bu signifie « nous » ; ŝa existe donc aux deux formes).

Ils ne sont normalement jamais utilisés en position de sujet (sauf bien sûr ŝa qui, ne changeant pas la personne du verbe, n’est pas visible s’il n’est pas exprimé) ; s’ils le sont, ils marquent une emphase :

Jakasa hacibātilo-sehiro.
Je joue avec le chien.

Jakasa ba hacibātilo-sehiro.
C’est moi qui joue avec le chien.

Le simili-passif

Il n’existe pas à proprement parler de passif en gelota. Simplement, il est possible d’« intransitiver » certains verbes pour les utiliser comme un passif.

Par exemple, le verbe manger, manōĝa, est transitif. Intransitivé, il signifie « être mangé », et il est alors possible de l’utiliser comme un passif. Le complément d’agent est alors introduit par l’accusatif.

La souris est mangée par le chat.
Ĝimaneĝi negādila-sehira jākise-sehire.

  Morphosyntaxe

  Expression du pluriel

Généralités

Comme dans beaucoup de langues, le nombre en gelota est un peu plus complexe qu’une simple opposition entre singulier et pluriel (pensez aux « accords selon le sens » en français, qui permettent d’utiliser un verbe au pluriel avec un sujet au singulier).

Il existe en fait en gelota quatre sortes de pluriels :

Le partitif

Comme en français, le partitif représentant une réalité plurale indénombrable utilise le singulier morphologique. Mais en gelota, c’est le génitif qui est utilisé.

Manaĝa nemolota selimi.
Je mange peu de viande.

Par contre, et toujours comme en français, si la réalité plurale est dénombrable, on utilisera le génitif pluriel.

Macaha nemolota jākisā-sehirā.
J’ai peu de chats.

Le paucal

À de rares occasions près, le paucal n’est pas utilisé en gelota. Mais il arrive qu’un auteur, voulant mettre en avant le petit nombre d’un groupe, utilise le singulier morphologique là où il devrait y avoir un pluriel morphologique. Plus les textes sont récents cependant, plus l’usage du paucal semble s’éteindre. On le trouve encore parfois en gelota moderne, quand un auteur veut créer une impression archaïsante. Il est possible de le rendre en français par l’utilisation de « ne … que ».

Palemi [et non palemō] haTakarote HB.
Les Takarote n’étaient que huit.

Le collectif

Le collectif est rendu en gelota par l’utilisation du singulier morphologique à la place du pluriel morphologique, uniquement avec les mots neutres (et parfois à l’indéterminé, mais cet usage est variable selon les auteurs ; en gelota moderne l’indéterminé pluriel est toujours suivi du pluriel). Contrairement au paucal, il est obligatoire, ainsi un sujet au neutre pluriel devra être accompagné d’un verbe au singulier : c’est l’équivalent de la règle grecque du τὰ ζῷα τρέχει.

Nefeṙagali [et non nefeṙagalō] reboru.
Les arbres ne courent pas.

Le pluriel

Dans tous les autres cas, lorsque la réalité décrite est plurale, on utilise le pluriel morphologique.

Propositions subordonnées

Règles générales à propos des subordonnées

En gelota, il est exceptionnel d’avoir une proposition subordonnée rectrice, c’est-à-dire d’avoir une subordonnée de subordonnée, et il est strictement interdit à une subordonnée rectrice de régir une autre subordonnée rectrice (il est donc impossible à une proposition d’être subordonnée d’une subordonnée d’une subordonnée)8.

Pour les subordonnées utilisant un verbe conjugué (participiales et corrélatives), le temps de verbe subordonné est soumis à ce tableau, selon sa relation avec le verbe recteur :

Temps du verbe recteur Rapport du régi au recteur Temps du verbe régi
Temps du passé Antériorité Amplifiant
Simultanéité Présent
Postérité Futur
Temps du présent Antériorité Temps du passé
Simultanéité Présent
Postérité Futur
Temps du futur Antériorité Temps du passé
Simultanéité Présent
Postérité Amplifiant

Propositions subordonnées participiales

Règle. Lorsque la proposition subordonnée décrit ou complète un verbe sans que la relation avec celui-ci ne soit descriptible par un corrélatif et n’est pas effaçable, il faut répéter le verbe recteur, mais en le mettant au participe.

Comparaison avec le français. En français, cette forme traduit trois types différents de proposition subordonnée complétive :

Exemples. Traduisant une proposition conjonctive pure :

Je dis que Gérard est grand.
Je dis disant, est-grand Gérard.
Galata galāta, gadali Tajeṙaṙ’.

Traduisant une proposition interrogative indirecte totale :

Je me demande si Gérard est grand.
Je demande à moi demandant, est-grand Gérard.
Damada bo damāda, gadali Tajeṙaṙ’.

Traduisant une proposition infinitive :

J’ai vu Gérard manger.
J’ai vu voyant, mange Gérard.
Najima najāma, manaĝi Tajeṙaṙ’9.

Exceptions. Il est possible, lorsque le verbe est au présent, de supprimer la répétition ; cette technique est particulièrement utilisée en poésie. Il faut alors simplement mettre le verbe au participe, et non pas le décliner, mais la conjuguer. On considère alors que le premier verbe est sous entendu. Ainsi, si l’on reprend le premier exemple, il est possible de l’exprimer de deux façons :

Je dis que Gérard est grand.
Je dis disant, est-grand Gérard.
Galata galāta, gadali Tajeṙaṙ’.

Je disant, est-grand Gérard.
Galāta, gadali Tajeṙaṙ’.

Dans sa deuxième forme, le verbe « galata » est sous-entendu ; l’on sait qu’il s’agit de ce verbe et pas d’un autre car cette forme ne se trouve qu’au présent et que le « a » de « galōta » ne marque pas le nominatif, mais la première personne du singulier (« il dit que… » se dirait donc « galāti » à la place de « galati galāti… »).

Propositions subordonnées corrélatives

Règle. Lorsque la relation de la subordonnée à sa rectrice est descriptible par un corrélatif, il doit être utilisé pour débuter la subordonnée.

Comparaison avec le français. La proposition subordonnée corrélative traduit trois propositions subordonnées françaises :

Exemples. Traduisant une proposition interrogative indirecte partielle :

Je ne sais pas qui est Gérard.
Ne-pas-je-sais qui Gérard.
Nekanasa ṙe Tajeṙaṙ’.

Traduisant une proposition relative adjective déterminative ou restrictive :

Les enfants qui mangeaient n’ont rien vu.
N’ont-rien-vu les enfants qui ils-mangent.
Nenajemō habebono ṙi manaĝō.

Traduisant une proposition relative substantive :

Qui vivra verra.
Verra celui-qui est.
Najomi ṙi fagadi.

Génitif absolu

Règle. Lorsque la subordonnée décrit les circonstances de réalisation de la rectrice, on utilise le génitif absolu.

Comparaison avec le français. Le génitif absolu traduit deux types de propositions subordonnées françaises :

Exemples. Traduisant une proposition relative adjective explicative :

Les enfants, qui mangeaient, n’ont rien vu.
N’ont-rien-vu les enfants mangeant de-eux.
Nenajemō habebono manāĝā lā.

Traduisant une proposition subordonnée circonstancielle :

Je ne frapperai pas Gérard parce qu’il est grand.
Étant-grand de lui, ne-voudrai-pas-frapper je Gérard.
Gadāli li, nebatolā ba Tajeṙaṙ’.

Système préfixal

Il existe en gelota des préfixes qui permettent de préciser les gabarits et les phrases, ou de créer des sens dérivés. On les sépare en quatre classes : les préfixes adpositionnels (qui remplacent ce qui, dans les langues sources du gelota, est noté par des adpositions), les préfixes sémantiques (qui modifient le sens de la racine), les préfixes conjonctifs (les conjonctions de coordination), et les cas particuliers.

Certains préfixes adpositionnels peuvent être utilisés comme un préfixe sémantique. Ainsi, le préfixe adpositionnel vu- + accusatif, signifiant « le plus » (superlatif de supériorité), peut devenir sémantique. Dans ce cas-là, il n’est plus gouverné par un cas. Ainsi, dans la phrase « la plus vieille femme du monde est morte », utilisera vu- comme préfixe adpositionnel (Nagehi meneŝa vunetireŝe menodi), mais certaines racines l’utiliseront comme préfixe sémantique (comme depola, le diplôme, et vudepola, le doctorat). On parle alors de préfixe adpositionnel sémantisé.

Préfixes adpositionnels

Gouvernant le datif :

Gouvernant l’accusatif :

Gouvernant soit l’accusatif, soit le datif :

Préfixes sémantiques

Préfixes conjonctifs

Cas particuliers

Ta-. Ta- est le préfixe qui permet d’importer, selon des règles précises, les noms propres des autres langues en gelota. Dans ce cas, et contrairement aux noms propres internes au gelota, ces mots sont invariables.

Cependant, il est parfois nécessaire de préciser le cas du nom propre, parce qu’une phrase est trop ambiguë. Par exemple, « Pierre aime Paris », « Lalage Tapetero Taparise » est ambigu en gelota, parce qu’on ne sait pas si c’est Pierre qui aime Paris ou (les habitants de) Paris qui aime(nt) Pierre. Dans ce cas, deux solutions sont possibles :

Avant d’utiliser Ta-, il faut déterminer dans le mot-source (dans une autre langue que le gelota) les trois consonnes les plus importantes, puis les réduire à des digrammes prononçables en gelota. Une fois ceci fait, il n’y a plus qu’à ajouter Ta- : vous avez importé votre mot.

Exemples :

Je travaille sur des règles plus précises afin de limiter l’arbitraire le plus possible, et donc rendre les mots-source plus visibles dans les mots-cible.

Ha-. Ha- est l’article défini en gelota. Il se place normalement sur le nom dans un groupe nominal, et défini l’ensemble du groupe nominal dans ce cas-là.

Ĥ*-. Les marqueurs de processus prennent des sens de plus en plus variés à mesure que j’écris en gelota. De façon régulière, ils suivent un schéma précis. Ils s’utilisent normalement sur un adjectif, mais le sens est à déterminer en fonction du verbe. Si on prend un exemple, kanōsa, connaître, je le mets à la forme adjectivale et je rajoute ĥ*-, ce qui me donne, pour la forme future, ĥikinosa. Littéralement, ce mot signifie « sera soumis au processus qui conduit à connaître ». Le processus de connaissance, c’est ici l’apprentissage ; ĥikinosa signifie donc « sera appris » ou « à apprendre ».

Souvent, et comme c’est le cas ici avec ĥikinosa, il est possible de reverbaliser l’adjectif, ou de le substantiver. Prenons la forme présente, ĥokinosa. Verbalisé (ĥokanōsa), il signifie tout simplement « apprendre », et substantivé, ĥokinosa, il signifie « apprentissage ».

Mais il y a aussi des usages moins précis : le dictionnaire n’épuise jamais les possibilités. Ainsi, à partir du verbe babōna, faire un enfant, on forme l’adjectif ĥ*bibona dont les sens sont multiples :

Comme cela a déjà été sous-entendu, le préfixe ĥi- peut avoir deux sens. Soit un sens futur pur, c’est-à-dire descriptif, soit un sens prescriptif. Ainsi, l’expression ĥinimosa ðoverota peut avoir deux sens, soit que le texte sera corrigé (selon toute probabilité selon l’énonciateur en tout cas), soit que le texte doit être corrigé (c’est un ordre, mais l’énonciateur ne sait pas s’il le sera ; il peut même être traduit par « devrait être corrigé »).

Corrélatifs

Comme dans d’autres langues, et particulièrement l’espéranto qui en est ici l’inspirateur, le gelota possède une série de corrélatifs liés entre eux par un jeu de préfixes et de suffixes. Les corrélatifs font partie des mots non-trilitères du gelota (avec par exemple les pronoms).

Tableau

Indéfinis
-A
Interrogatifs
-E
Relatifs
-I
Démonstratifs
-O
Collectifs
-U
Négatifs
Individu
Ṙ-
ṘA
quelqu’un
ṘE
qui ?
ṘI
[celui] qui
ṘO
ce
ṘU
tous
ṘŌ
personne
Chose
K-
KA
quelque chose
KE
quoi ?
KI
[ce] qui
KO
ce
KU
tout

rien
Sorte
Z-
ZA
d’une sorte
ZE
de quelle sorte ?
ZI
de telle sorte
ZO
cette sorte
ZU
toute sorte

d’aucune sorte
Quantité
F-
FA
d’une quantité
FE
combien ?
FI
de telle quantité
FO
cette quantité
FU
toute quantité

d’aucune quantité
Appartenance
Ĥ-
ĤA
à
ĤE
à qui ?
ĤI
de telle appartenance
ĤO
cette appartenance
ĤU
à tout le monde
ĤŌ
à personne
Lieu
Ð-
ÐA
quelque part
ÐE
où ?
ÐI
à l’endroit où
ÐO
ÐU
partout
ÐŌ
nulle part
Temps
Ĝ-
ĜA
à un moment
ĜE
quand ?
ĜI
quand
ĜO
à ce moment là
ĜU
tout le temps
ĜŌ
jamais
Cause
J-
JA
ayant une cause
JE
pourquoi ?
JI
car
JO
c’est pourquoi
JU
à cause de tout

à cause de rien
Manière
V-
VA
en quelque sorte
VE
comment ?
VI
comme
VO
ainsi
VU
de toute manière

nullement

Différences avec l’espéranto

La seule grande différence (pour l’instant) avec l’espéranto est la séparation entre corrélatifs interrogatifs et corrélatifs relatifs. En espéranto, comme en français, on utilise le même mot pour demander « qui a mangé mes frites ? » (« kiu manĝis miajn fritojn? ») et pour dire « l’homme qui a mangé mes frites » (« la viro, kiu manĝis miajn fritojn »). En gelota, l’absence de signe de ponctuation en betsotcha rendrait les phrases trop ambivalentes pour qu’un même terme soit utilisé ; on sépare donc les interrogatifs (-e) des relatifs (-i).

Une autre différence, plus petite, tient à la différence entre les corrélatifs d’individu (-u en espéranto, ṙ- en gelota) et ceux de chose (-o en espéranto, k- en gelota). En espéranto, tiu peut être utilisé pour des objets (« ni manĝos sur tiu tablo » = « ni manĝos sur tio » en montrant la table). En gelota, l’individu ne peut qu’être vivant, et l’objet ne peut pas l’être (en gelota traduit littéralement en espéranto, cela donnerait le fautif « *ni manĝos sur tio tablo », « manoĝo ŝemezobo ko »).

L’on peut aussi observer que les suffixes et les préfixes sont inversés (neniu ↔ ō), et que tous les corrélatifs ne sont formés que de deux lettres.

Interrogation

Questions polaires

Il n’y a pas en gelota de mot qui fonctionnerait comme le « est-ce que ? » français ou le « ĉu? » espéranto, c’est-à-dire un marqueur des questions polaires (les fameuses yes/no questions anglaises). Il n’y a pas non plus d’inversion sujet-objet ou de marque typographique particulière : une question se termine par un point. À l’oral, une telle interrogation est marqué par l’intonation ; mais il est bien sûr impossible de le voir à l’écrit.

Un usage, tardif et-ou poétique, consiste à utiliser le corrélatif « ke », signifiant « quoi ? ».

On ne répond pas à ces questions par « oui » ou par « non » comme en français, mais on répète le mot pour dire oui, ou on dit l’inverse pour dire non.

Questions corrélatives

Par contre, les 6 corrélatifs interrogatifs (en -e) marquent sans doute possible les questions. Ils se placent en début de proposition interrogative.

Loi d’économie

La loi d’économie est une règle fondamentale qui régit la syntaxe et la grammaire du gelota. Elle peut se formuler ainsi : « une phrase ne doit jamais contenir plus de racines que le nécessaire pour être selon toute probabilité compris par l’interlocuteur ».

Bien souvent, en gelota, il est nécessaire de coupler plusieurs racines pour rendre parfaitement un mot français ; les plus fixés étant les noms d’animaux et de plantes. Mais si dans un texte il est clair que l’animal auquel il est fait référence est un chat, il n’est non seulement pas nécessaire de préciser toujours jākisa-sehira, mais ce serait inélégant ; le plus souvent, après une première apparition de la forme longue, on ne trouve plus que sehira.

Mais si cela est vrai avec les noms d’animaux et de plantes qui sont, comme nous l’avons dit, particulièrement fixés, la chose est vraie avec l’ensemble des mots. Les racines trilitères portent un sens général ; s’il existe presque toujours un moyen de les préciser en les couplant (mots construits), il est considéré comme inélégant de le faire, sauf si la compréhension de l’énoncé l’exige. Ainsi, si l’on veut dire « main », le mot hedota, qui signifie « bras, main, coude », suffira la plupart du temps, et il faudra une bonne raison pour dire nāroda-hedota (litt. « l’extrémité du bras »).

Pour comprendre, il faut rappeler que le gelota n’est pas une langue qui a vocation à parler de tout. C’est l’un des points où la diégèse sous-jacente, même peu développée, interfère le plus avec la construction grammaticale. C’est une langue théologique et mystique, dont le manque de précision sert à la fois à conserver intacte la communion religieuse entre deux peuples (ils peuvent dire des choses différentes avec les mêmes mots) et à permettre des interprétations variées du livre sacré, le Téroha. Ce n’est donc pas une langue dans laquelle il est possible de facilement parler de médecine ou de physique.

  Syntaxe

La syntaxe du gelota est relativement fixe. L’ordre normal des composants de la phrase est verbe — sujet — objet — compléments (VSO).

Cependant, il est possible, grâce au système casuel, de modifier cet ordre afin de mettre une emphase particulière sur l’un des composants (on parle alors de syntaxe emphatique). Par exemple :

Najedi Tajeṙaṙ’ jākise-sehire.
Gérard a vu un chat.

Tajeṙaṙ’ najedi jākise-sehire.
C’est Gérard qui a vu un chat !

Jākise-sehire najedi Tajeṙaṙ’.
C’est un chat qu’a vu Gérard !

Le sujet pronominal (i.e. un pronom personnel au nominatif) étant la plupart du temps facultatif, il y aurait une certaine redondance à l’exprimer, puis à le mettre au début de la phrase. Dire najeda ba jākise-sehire suffit pour mettre en emphase que c’est moi qui ai vu le chat ; *ba najeda jākise-sehire est donc à éviter.

  Annexes

Poésie

La poésie en gelota prend des formes très différentes de celles du français. Ni les rimes ni les assonances ne sont importantes pour d’évidentes raisons ; le jeu principal de la poésie en gelota, quelle que soit son époque ou sa forme, se trouvera dans les allitérations et dans le sens.

Poésie classique

En poésie dite « classique », les strophes sont constituées de 5 vers, de 3 / 6 / 9 / 6 / 3 mots. En plus des allitérations, le jeu poétique principal est le parallelismus membrorum10 : dans un vers, une strophe et/ou un poème, des lettres, mots ou thèmes doivent se répondre, selon un schéma de synonymie, d’antonymie ou d’un rapport plus lâche.

Prenons l’exemple suivant :

Ĝigadale ĝigadāle ðoŝihalaĉe
Veneĝigadale neĝigadāle galahe.

Difficilement traduisible, il pourrait se traduire par « Est grand celui qui croit aux choses de la religion / Mais celui qui croit aux choses terrestres sans savoir est petit ». Les deux vers se répondent par une antonymie : opposition grand/petit, croire religieusement/croire ici-bas. Tous les mots se ressemblent, et il n’y a que trois racines GDL, GLH et HLĈ. Un seul mot ressort, ðoŝihalaĉe, qui est ainsi mis en avant.

Ces parallélismes ou leur négation sont essentiels. Mais il est possible d’ajouter d’autres règles, comme faire commencer chaque mot ou chaque vers par la lettre de l’alphabet qui suit la lettre qui a commencé le mot/le vers précédent, faisant ainsi tout l’alphabet (25 lettres, soit 5 x 5 vers). Autre jeu important : la gématrie. On compte beaucoup en gelota, les mots, leurs lettres, la valeur de leurs lettres. Il est courant de donner à chaque strophe ou à chaque vers, ou au moins à ceux ayant une importance particulière, la valeur numérique du sujet du poème.

Poésie moderne

La renaissance du gelota à la fin du xxe siècle par les tahélitchiens revivalistes a conduit à la naissance d’une nouvelle poésie, inspirée de la poésie classique, mais beaucoup plus libre. Le parallelismus membrorum est plus ou moins abandonné, les allitérations en pris toute la place, avec en plus l’importance du fond : la poésie doit être à plusieurs niveau de lecture, réminiscence peut-être de la gématrie. Le genre ayant une vingtaine d’années, il est difficile de dire où il ira.

Poésie archaïque

On appelle « poésie archaïque » les traductions, lisibles principalement dans le Téroha, de poèmes sacrés des deux langues sources du gelota. Elle respecte les règles poétiques de ces deux langues ; c’est donc vers elles qu’il faut se tourner pour comprendre la poésie archaïque en gelota.

Cas grammaticaux

Voici un tableau présentant la plupart des cas grammaticaux recensés. Parmi ces cas, seuls quatre (cinq avec le vocatif) sont représentés par des cas morphologiques ; dans les autres cas, on recourra à des adverbes ou des prépositions.

Nom du cas Rôle Équivalent gelota
Abessif Absence Adverbe nefogoda (sans)
Ablatif Depuis, loin de tel endroit Préfixe le- + datif
Accusatif Cod Accusatif (après verbe transitif)
Adessif Proximité Datif ou adverbe nelonoda (près de)
Agentif Complément d’agent Accusatif (après verbe intransitif)
Allatif En direction de (lieu ouvert) Préfixe ni- + accusatif
Bénéfactif En faveur de… Datif
Causal À cause de Préfixe ke-, génitif absolu
Circumessif Autour de Préfixe ki- + accusatif
Comitatif Accompagnement Datif
Comparatif Comparatif ko-, ma- ou pu- + accusatif
Datif Coi Datif
Délatif Mouvement depuis une surface Préfixe le- + accusatif
Élatif Mouvement depuis… Préfixe le- + accusatif
Génitif Complément de nom Génitif
Illatif Vers l’intérieur Préfixe ni- + accusatif
Inessif Dans Préfixe ni- + datif
Instructif Manière Datif ou forme adverbiale ou génitif absolu
Instrumental Moyen Datif ou forme adverbiale ou génitif absolu
Locatif Lieu Datif
Nominatif Sujet (et lexème) Nominatif
Partitif Part de Accusatif
Prolatif À travers Datif
Sublatif Vers une surface Préfixe ŝe- + accusatif
Superessif Sur une surface Préfixe ŝe- + datif
Temporel Temps Datif ou génitif absolu
Terminatif Limite finale
Vocatif Interpellation, évocation Élision de la dernière voyelle (style oral) ou nominatif (soutenu)

  Notes

1 : L’ordre alphabétique a été fortement inspiré par l’ordre de l’hébreu, via une comparaison de leurs phonologies. Cf. cette explication sur L’Atelier.

2 : J’ai toutefois veillé à ce que chaque lettre diacritée existe telle quelle en Unicode (lettre précomposée), d’où l’alternance de circonflexes (Ŝ) et de points suscrits (Ḟ), ce qui simplifie les choses. Si jamais F̂/f̂ et R̂/r̂ (F et R avec accent circonflexe) venaient dans une version à venir du standard Unicode à être précomposés, ils remplaceraient Ḟ/ḟ et Ṙ/ṙ. Ð/ð par contre resterait inchangé, même si D̂/d̂ venait à apparaître aussi.

3 : Cf. http://wals.info/combinations/10A_11A#2/19.7/148.7. (merci à Bororo pour le lien).

4 : Article « Verbe » du TLFi.

5 : Article « Nom » du Dictionnaire de l’Académie (neuvième édition).

6 : Article « Adjectif » du Dictionnaire de l’Académie (neuvième édition).

7 : Article « Adverbe » du Dictionnaire de l’Académie (neuvième édition).

8 : Le vocabulaire de la subordination en français est empruntée à cette page. Il est conseillé de la lire si vous n’êtes pas trop au clair avec les catégories utilisées.

9 : Cette même phrase pourrait tout aussi bien signifier « j’ai vu qu’il a mangé Gérard », puisque Tajeṙaṙ’ ne prend pas la marque du cas. Si le contexte ne suffit pas, il est possible de préciser en utilisant la marque du nominatif sur ce mot : Najima najāma, manaĝi Tajeṙaṙ’-ha. J’ai vu qu’il a mangé Gérard se dirait donc Najima najāma, manaĝi Tajeṙaṙ’-he.

10 : Ce système est celui théorisé par Robert Lowth au xviiie siècle sur la poésie hébraïque (De sacra poesi Hebraeorum praelectiones, 1788), qui est mon modèle pour la poésie gelota. La théorie de Lowth a un peu vieilli (la tripartition, un peu artificielle, a sauté, car la dernière catégorie, qu’il appelle « synthétique » est aujourd’hui refusée : on préfère parler d’une multitude de possibilités), mais reste fondamentale dans l’étude de la poésie sémitique.