Chez le glossopoète

Ĝis la fina venko!
Quelques pages sur et en espéranto

Espéranto

Pour qu’une langue soit universelle –
il ne suffit pas de lui en donner le nom.

Vous avez peut-être pu remarquer qu’en dessous de chaque page, à côté du drapeau britannique, se trouve un drapeau vert meublé d’une étoile de la même couleur. Ou bien, vous avez lu ici ou là sur mon site que je faisais référence à cette drôle de chose qu’est l’espéranto. J’aimerais vous expliquer ici ce qu’est l’espéranto, et pourquoi je fais partie de la coterie espérantiste.

Qu’est-ce que l’espéranto ?

Première méthode d’espéranto, 1887. Source : Wikimedia

Tout d’abord, un peu d’histoire. L’espéranto est une langue construite, créée à la fin du xixe siècle par Louis Lazare Zamenhof, oculiste juif polonais, et donc, au xixe siècle, sujet du Tsar et Autocrate de Toutes les Russies. La légende, qui pour une fois semble être vraie, raconte que le jeune Lejzer (Lejzer est son prénom juif, qu’il « goyisera » une fois adulte en Ludwik, ce double prénom se rendant en français par « Louis Lazare »), fut choqué par la haine qu’il sentait (et subissait) entre les différentes communautés religieuses, ethniques et linguistiques de Białystok, la ville où il grandit. En effet, Juifs, Biélorusses, Polonais, Russes, … vivaient éloignés les uns des autres, sans même une langue commune pour pouvoir se parler. Considérant que s’ils pouvaient se comprendre, les Hommes pourraient, à défaut de vivre dans l’amour et la concorde, au moins amenuiser les malentendus, qui sont souvent autant d’excuses à la haine, le petit garçon se mit à imaginer une langue neutre et facile à apprendre. Bien des années plus tard, et après bien des péripéties, en 1887, l’enfant devenu jeune homme publia à Varsovie en russe (puis la même année en allemand, français et polonais) une grammaire et un dictionnaire d’une langue internationale sous le pseudonyme de « Dr Esperanto », ce qui veut dire en espéranto « Docteur Qui-Espère ». Le pseudonyme de l’auteur devint le nom de la langue.

Depuis 1887, l’espéranto a un peu évolué. Sur la base d’un fondement intouchable, l’espéranto est devenue la seule langue construite, sur plusieurs milliers de tentatives (les plus importantes sont le volapük, l’ido, l’interlingua, …) à être devenue une langue vivante, qui évolue naturellement. Les textes du xixe sont par contre toujours parfaitement compréhensibles.

L’espéranto est une langue parfaitement régulière, qui fonctionne à base de racines et affixes librement assemblables, à la manière d’un lego. Avec peu de racines, il est donc possible de créer beaucoup de vocabulaire. L’espéranto ne nécessite donc pas beaucoup d’apprentissage, que ce soit au niveau de la grammaire ou du vocabulaire. Mais l’espéranto n’en est pas moins une langue puissante. Malgré sa facilité et sa régularité, il est possible d’exprimer la totalité de l’affect humain.

Je ne vais pas présenter ici sa grammaire, ce n’est pas le lieu ; si vous voulez en savoir plus, visitez le site lernu.net.

Pourquoi l’espéranto aujourd’hui ?

On pourrait se dire « à quoi bon apprendre l’espéranto, il existe déjà une langue internationale : l’anglais ». Si vous pensez ça, vous trouvez vraiment que l’anglais est une solution satisfaisante au problème de la communication internationale ? L’anglais – ce serait le cas avec toute autre langue ethnique – avantage dans le jeu international les pays qui soit ont l’anglais comme langue nationale, soit ont une langue proche, comme les pays de langue germanique. De plus, l’anglais est une langue complexe, particulièrement phonologiquement ; et pour pallier à ces difficultés, elle subit une simplification outrancière qui la dénature. L’anglais est une belle langue qui ne mérite pas ça. L’apprentissage à marche forcée de l’anglais réduit drastiquement les possibilités d’apprentissage de langues rares (si l’espéranto était langue internationale, on pourrait apprendre la langue étrangère que l’on aime) et coûte vraiment très très cher. Combien de temps, d’argent perdus dans ce puits sans fond ?

En Europe particulièrement, l’espéranto pourrait éviter bien des problèmes. Il n’y aura pas de démocratie dans l’Union européenne tant qu’il n’y aura pas d’opinion publique européenne. Et sans langue commune cela n’est pas possible. Le multilinguisme à 28 est un doux rêve… à côté duquel l’espéranto semble d’un réalisme incomparable !

Symbole du jubilé de l’espéranto. Source : Wikimedia

On pourrait aussi se dire « l’espéranto est une bonne idée, mais ce beau projet a échoué, malheureusement ». On pourrait, oui, mais ce serait aller un peu vite en besogne. L’espéranto, rendu public en 1887, a donc aujourd’hui en 2014 127 ans. C’est à la fois beaucoup et peu. C’est beaucoup, suffisamment pour avoir prouvé qu’elle était une langue viable et vivante, créée à l’époque du télégramme et aujourd’hui capable de parler via un smartphone de physique quantique. Mais c’est encore trop tôt pour pouvoir dire si l’espéranto a échoué ou non. Savez-vous combien de temps il a fallu au système métrique pour être adopté ? Et qu’il ne l’est d’ailleurs toujours pas partout ? Peut-on dire pour autant que le système métrique a échoué ? Pour ce genre d’évolutions, l’humanité a besoin de temps. Laissons-en à l’espéranto.

Et si jamais il ne devait jamais devenir la LV2 de l’humanité (contrairement à un a priori répandu, l’espéranto n’a pas vocation à remplacer les langues nationales, mais simplement à être une langue-pont, en plus des langues nationales et locales, entre personnes de diverses nationalités), l’espéranto permet déjà aujourd’hui une communication libre avec des personnes du monde entier (si le nombre des espérantophones est inconnu, on peut dire qu’il y en a entre 1 et 3 millions). Il existe une littérature originale en espéranto, souvent de qualité, et des traductions de littératures du monde entier, qui ont comme particularité d’être le fait de locuteurs natifs de la langue-source, ce qui assure une compréhension pleine et entière du texte traduit. Internet permet d’utiliser vraiment le caractère international de l’espéranto. Pourquoi s’en priver ?